Un écart fatal (#38).

Dans la nuit du 3 au 4 juin 2013, alors qu’il est assoupi sur le siège arrière de la voiture en présence de son cousin et de trois copains, Kévin Anin va subir un grave accident de la route. Éjecté de l’habitacle, il va en une fraction de seconde voir sa carrière de footballeur se briser, sa colonne vertébrale se fracturer, sa moelle épinière s’écraser.

Milieu polyvalent, joueur au caractère fort, footballeur talentueux mais imprévisible, Kévin Anin avait un fort potentiel. Sous contrat jusqu’en 2015 avec l’OGC Nice au moment de l’accident, il aurait même pu, selon son entraîneur de l’époque Claude Puel, devenir international. Mais le destin en a décidé autrement.

En se réveillant, Kévin Anin n’est plus un footballeur. Il est paraplégique, ne peut plus user de ses jambes, de ses pieds. Imaginez vous, vous endormir footballeur et vous réveiller paraplégique. Ne plus jamais jouer, fouler une pelouse, ou ne serait-ce que marcher … terrible. Kévin a longtemps flirté avec la dépression, tourmenté et dévasté par le couperet des médecins. Croyant d’abord à une blague, il a réalisé par la suite que sa vie ne serait plus jamais la même.

Aujourd’hui, il se reconstruit, tant bien que mal. Alors que le conducteur de la voiture a été condamné à une peine de prison de 18 mois ferme cette année, Kévin Anin, lui, a payé le prix fort d’un moment d’égarement. Exit le ballon, c’est désormais avec son courage et sa détermination que Kévin compose au quotidien. La preuve que la vie ne tolère presque aucune sortie de route.

Dans la nuit du 3 au 4 juin 2013, alors qu'il est assoupi sur le siège arrière de la voiture en pré...

Sortie de route (#37).

L’asphalte, ce monde impitoyable. Un virage, une chaussée, une route glissante, et c’est une course qui se perd, une étape qui s’envole. Mais dans certains cas, c’est une carrière qui s’arrête. Ou pire, une vie que la route arrache.

Début juin, le jeune cycliste sud-africain Keagan Girdlestone participe à la Coppa della Pace, une course réservée aux coureurs de moins de 23 ans. En pleine descente, il rentre en collision avec sa voiture d’équipe et traverse le pare-brise arrière. Annoncé mort par plusieurs médias, Keagan est bien vivant. Dans un état critique, mais en vie. Un miracle.

C’est son père qui a démenti la mort de son fils, le soir même : Keagen Girdlestone est bien en vie. Pour les médecins, il ne survivra pas aux premières 24 heures. Sa famille est sous le choc, et se rend en urgence en Italie. Keagan est toujours en vie, s’accroche, et défie un pronostic vital qui le donnait pour mort. De défi en défi, Keagan va connaître une rédemption fulgurante. Neuf jour après le drame, il sort du coma. Son cerveau est touché, il ne fonctionnera plus pour les médecins. Mais Keagan n’est pas d’accord. On lui annonce qu’il ne pourra pas se déplacer seul. Deux semaines après, Keagan marche. Seul. Déterminé.

Quelques semaines après, il retourne chez ses parents, en Nouvelle-Zélande. Sur des roues, mais celles d’un fauteuil roulant. Son bras gauche est inerte mais sa motivation, elle, est en béton armé. Soutenu notamment par le sprinteur britannique Mark Cavendish, il va peu à peu reprendre le chemin du vélo. Pédaler à nouveau, se remuscler, retrouver ses sensations : tel est son credo désormais. Car près de cinq mois après son terrible accident, Keagan Girdlestone ne compte pas lâcher son rêve, celui de devenir un jour un cycliste professionnel. La vie ne l’a pas épargné, et a même tout fait pour le briser. Annoncé mort, passé si près d’une tragédie, il est aujourd’hui plus vivant que jamais.

L'asphalte, ce monde impitoyable. Un virage, une chaussée, une route glissante, et c'est une course q...

Envol fracturé (#36).

Dans une équipe, il y a toujours un homme qui sait motiver ses troupes, faire sauter les barrières, transcender le groupe. Eldin Demirović, du haut de son mètre 94 et de ses 24 ans, est plus qu’apprécié dans son club du Stade Poitevin Volley Beach (STVP). Jeune attaquant-réceptionneur talentueux, surfant sur son excellente forme du moment, Eldin est confiant. Mais un soir de janvier, alors que Poitiers affronte Tours dans un match amical, Eldin s’envole pour contrer la balle, et retombe mal sur le pied. Dure est la chute, plus fatal encore est l’atterrissage.

Une grimace, puis il s’écroule sur le sol. On comprend, immédiatement : quelque chose s’est passé. Quelque chose de grave. Le match est arrêté, Eldin est transporté sur une civière à l’hôpital. La saison du joueur poitevin est d’ores et déjà terminée. Fauché en plein vol, Eldin prenait une nouvelle dimension depuis quelques semaines en Ligue A. C’est désormais par une opération chirurgicale que passe sa rédemption : « arrachement de deux ligaments et de la capsule de la malléole ». Tout sauf une mince affaire.

Mais Eldin est têtu, acharné. Trois mois après l’opération, il saute, court, et mieux encore il apprend qu’il n’aura pas de séquelles pour la suite de sa carrière. C’était la seule incertitude. Jamais il n’aura lâché sa passion. Le volley, c’est son présent, son futur, son ADN, sa raison de vivre. Il n’a pas abandonné et n’abandonnera jamais.

On est le 14 septembre, huit mois ont passé. Eldin Demirović retrouve l’effectif poitevin pour jouer son premier match -amical- depuis sa blessure. En janvier, il était en pleine forme, en pleine puissance. Observé par l’équipe de France, il y était presque. Huit mois plus tard, il revient, plus fort et déterminé que jamais. Sur ses deux jambes, debout, à nouveau prêt à en découdre.

Dans une équipe, il y a toujours un homme qui sait motiver ses troupes, faire sauter les barrières, ...

Rédemption sur l’asphalte (#35).

De la lumière d’Athènes et Pékin au crépuscule de Rio : telle est la trajectoire de Kenenisa Bekele. Non sélectionné par son pays pour la dernière olympiade (ni sur le marathon, ni sur le 10 000m), l’Éthiopien, véritable légende de l’athlétisme, a subi la loi des minima. Une loi chiffrée avec des critères exigeants, cruels, mais sportivement justes.

Quand on est détenteur des records du monde sur 5 000 et 10 000m depuis plus de dix ans, on ne peut pas rater les Jeux ? Et bien si. Quand on est cinq fois champion du monde et double champion olympique du 10 000, on ne peut pas rater les sélections ? Et bien si. En abandonnant lors du 10 000m des sélections éthiopiennes, le champion éthiopien a annihilé sa dernière chance de représenter son pays à Rio. Un cataclysme pour bon nombre d’athlètes. Mais la confirmation d’un fait indubitable : à 33 ans, tout Kenenisa Bekele qu’il est, il reste un être humain. Faillible.

Une fois la déception passée, il faut rebondir. Revenir de loin certes mais plus fort, plus déterminé que jamais. Kenenisa Bekele l’a bien compris et s’est présenté au marathon de Berlin fin septembre avec une idée claire en tête : marquer les esprits. Et bon sang, il a diablement réussi son pari. A l’issue d’une course incroyable, avec le départ le plus rapide de l’histoire, l’Éthiopien l’a emporté, avec un temps de 2h03min03, soit la deuxième meilleure performance de tous les temps, à 6 secondes du record du monde. Son rival, le Kényan Wilson Kipsan, n’a pu que s’incliner, dépassé par la puissance de Bekele. Sous la porte de Brandenbourg, l’Éthiopien est revenu en pleine lumière. A sa place.

De la lumière d'Athènes et Pékin au crépuscule de Rio : telle est la trajectoire de Kenenisa Bekel...

Indomptable (#34).

Huit Coupes d’Afrique des Nations, quatre Coupes du Monde, 137 sélections avec les Lions Indomptables du Cameroun : Rigobert Song est un taulier, un pilier, un roc. Inébranlable, ou presque. Car dimanche dernier, le recordman de sélections avec les Lions a été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Inattendu, rude, bien trop souvent ravageur.

Pris en charge au Cameroun, Rigobert Song a très vite été rapatrié en France, mardi dans la soirée pour être précis. Devant la gravité de l’attaque et les capacités modestes de l’hôpital camerounais, il fallait faire vite. Une rupture d’anévrisme, une hémorragie cérébrale, un coma : ça ne pardonne pas. Loin de là. Mais Rigobert est un taulier, un pilier, un roc. Lundi, il est sorti du coma. Indomptable.

Hier, on apprenait qu’il avait opéré avec succès à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Une nouvelle rassurante pour ses proches, mais pour tout un peuple également. Des proches qui ont déclaré que le champion africain pouvait respirer sans assistance. Mieux encore, que son saignement cérébral a été maîtrisé. La force d’un battant. Certainement aussi que quelque part dans le ciel, Marc-Vivien Foé, décédé tragiquement lors d’un match de Coupe des Confédérations en juin 2003, veillait sur son Roi Lion.

Huit Coupes d'Afrique des Nations, quatre Coupes du Monde, 137 sélections avec les Lions Indomptables...

Fatale fatalité (#33).

Samedi 6 août, les Jeux olympiques de Rio sont lancés, la compétition de gymnastique peut commencer. 3e des qualifications à l’anneau, le Français Samir Ait Saïd se présente à l’épreuve du saut. Confiant, serein, fin prêt, il s’élance. Sa course est rapide, son saut approximatif. Sa réception, elle, sera terrible.

Clac. Il s’écrase sur le tapis, se tient le visage, désabusé. Sa jambe est tordue, les juges sont abasourdis, la foule est estomaquée : son tibia péroné gauche s’est brisé en deux. La réception lui a été fatale, comme en 2012 aux championnats d’Europe, deux mois avant les JO de Londres. Cette fois-ci, c’était le tibia droit, mais avec la même incidence : un rêve olympique qui vole en éclats. Ses proches sont en pleurs, sa famille est chamboulée. Quatre ans de travail, quatre ans de préparation, quatre ans rivés vers un objectif qui en une fraction de seconde se brise. Comme son tibia.

Transféré en urgence à l’hôpital, Samir cogite. Le voyage dans l’ambulance est chaotique, l’opération à venir est floue. Qu’importe, Samir n’est pas un athlète comme les autres. Samedi après-midi, opération. Lundi après-midi, village olympique. C’est comme ça, c’est plus fort que lui, la fierté d’un champion. Même pas 48 heures après sa terrible blessure, il arbore fièrement un plâtre bleu-blanc-rouge, et se déplace à béquilles pour encourager ses compatriotes. Une leçon, de courage d’abord, mais surtout d’état d’esprit.

Presque deux mois après le drame, Samir est en pleine rééducation. Deux heures par jour, il travaille d’arrache-pied. Des objectifs, il a le temps de s’en fixer. La priorité, c’est de remuscler sa jambe, réapprendre à marcher, revenir progressivement à l’activité sportive. Bien sûr qu’il pense aux championnats d’Europe en avril 2017, bien sûr. Et avec le soutien mondial et unanime qu’il reçoit depuis ce terrible accident, on voit mal ce qui peut l’arrêter. Car, comme il dit en interview, plein d’aplomb et sûr de lui : « Je serai à Tokyo en 2020, je vous en donne ma parole et je l’aurai ma médaille olympique ». Évidemment que tu y seras Samir. Mais tu n’y seras pas seul : on sera tous là, avec toi. On vibrera tous, avec toi. Et on chantera tous la Marseillaise, avec toi.

Samedi 6 août, les Jeux olympiques de Rio sont lancés, la compétition de gymnastique peut commencer...

Abnégation (#32).

Dans la nuit du 12 au 13 septembre, Marie-Amélie Le Fur a tutoyé les sommets de l’Olympe. Dans la nuit du 12 au 13 septembre, Marie-Amélie a remporté un deuxième titre aux Jeux paralympiques de Rio, sur 400m, après son sacre à la longueur. Dans la nuit du 12 au 13 septembre, Marie-Amélie a défié la fatalité. Dans la nuit du 12 au 13 septembre, Marie-Amélie a gagné son combat.

« Catégorie T44″ : des termes froids, ternes, presque laconiques, utilisés pour désigner des personnes ayant été amputés des membres inférieurs. Marie-Amélie Le Fur en fait partie. Sportive accomplie, enchaînant les titres de championne de France sur piste et en cross pompiers, Marie-Amélie ne se doute pas une seconde qu’en se rendant à l’entraînement un jour de 2004, sa vie va terriblement basculer.

Un chauffard. Fatal. Un moment d’inattention, de perte de contrôle et c’est la vie de Marie-Amélie qui bascule. Elle a 15 ans, toute la vie devant elle, mais une vie qui s’écrira sans sa jambe gauche, amputée en dessous du genou. Le coup est rude, la chute vertigineuse, l’atterrissage très douloureux. Mais ce qui est fabuleux dans cette histoire, c’est que seulement quatre mois après le drame, elle se remet à courir. Inlassablement.

Marie-Amélie le sait : elle ne pourra jamais être professionnelle. Mais ne compte pas s’arrêter là. Grâce au soutien considérable des gens derrière elle, la jeune femme finance sa prothèse -une lame de course-, condition essentielle pour redevenir une athlète. Elle décroche son premier titre de championne du monde jeune en 2005 sur 100m-200m combiné et 800m, record mondial en prime. Une renaissance. Le début d’un retour tonitruant.

Double médaillée d’argent à Pékin en 2008, championne paralympique du 100m à Londres en 2012, Marie-Amélie est libérée. Soulagée. Exorcisée. S’ensuit bon nombre de médailles européennes et mondiales, avec deux titres acquis aux Mondiaux en 2015 sur l’épreuve du saut en longueur et sur le 400m, avec une performance exceptionnelle : elle devient la première femme de l’histoire, dans sa catégorie T44, à descendre en-dessous d’une minute (59’3 sec). Détonant.

Et cette année, à Rio, Marie-Amélie a brillé. Elle a éclaboussé le monde du sport, de l’olympisme et du handisport de sa volonté, de sa force, et de son sourire. Championne paralympique sur le saut en longueur, médaillée de bronze sur le 200m, Marie-Amélie a garni son palmarès d’une deuxième breloque dorée à Rio, sur 400m, en battant son propre record du monde (59s27). La Marseillaise résonne, Marie-Amélie rayonne. Et avec elle, le courage, le sport, l’humanité.

Dans la nuit du 12 au 13 septembre, Marie-Amélie Le Fur a tutoyé les sommets de l'Olympe. Dans la nu...

Arrivée salvatrice (#31).

En 2013, il était spectateur du marathon de Boston au niveau de la ligne d’arrivée quand l’explosion s’est produite. Le bilan de ce double attentat : plusieurs morts, des centaines de blessés, une nation meurtrie, un monde ébranlé. Patrick Downes y a perdu une jambe : la gauche. La semaine dernière, il est revenu sur les lieux de la tragédie. En tant que coureur.

Du cauchemar à la joie, il n’y a pas qu’un pas. Non, il y en a beaucoup, des milliers même. Une opération, une amputation, une prothèse, et beaucoup, beaucoup de résilience. Patrick Downes s’est battu, pour lui et pour sa femme, qui a perdu ses deux jambes dans l’explosion. Ce marathon, c’est plus qu’une course : c’est une expiation. Exorciser ce traumatisme, cette peur, cette souffrance sur l’asphalte. Et c’est ce qu’il a fait : en 5 heures, 56 minutes et 46 secondes, il a bouclé le marathon de Boston. Et il n’était pas seul : parmi les dizaines de milliers de participants, il y’avait une autre victime des attentats, Adrianne Haslet. Elle aussi amputée, elle s’est dépassée pour terminer la course, passant plus de 10 heures sur la route.

Que dire. Que dire si ce n’est que même dans ce que le monde peut nous offrir de plus injuste, de plus cruel, de plus abject, il y a toujours quelque chose à en tirer. Quelque chose à sublimer, une leçon de vie à donner. Patrick Downes et Adrianne Haslet ont prouvé la semaine dernière que rien n’arrête l’espoir, l’amour, et l’humanité.

En 2013, il était spectateur du marathon de Boston au niveau de la ligne d'arrivée quand l'explosion...

Quelques longueurs d’avance (#30)....

Il y’a des sportifs hors-normes, des athlètes aux parcours exceptionnels, aux records infranchissables. Il y’a des champions, des battants, des icônes. Mais il y’a aussi des sportifs avec une volonté de fer, avec la rage de vivre, et surtout la rage de vaincre. Théo Curin est de cette trempe là.

Amputé de ses deux bras et jambes à l’âge de 6 ans à cause d’une méningite foudroyante, ce jeune nageur de 15 ans n’a rien voulu lâcher. Renoncer ? Non. Abandonner ? Certainement pas. Retrouver ses bras et ses jambes ? « Jamais », répond-il en interview. Son handicap, il le vit à fond, et le transcende. A l’image de son ami et mentor Philippe Croizon -qui avait traversé la Manche à la nage, lui aussi amputé de ses 4 membres-, il se bat, il lutte, il se dépasse.

Fin mars, il participe aux championnats de France handisport de Natation, à Montpellier. Au milieu des Lacourt, Stravius ou encore Manaudou, il ne s’efface pas. Mieux, il remporte 4 médailles (1 d’or, 2 d’argent et 1 de bronze), et réalise les minima pour participer aux Jeux Paralympiques de Rio en septembre. Un rêve, son rêve, qu’il a toujours gardé dans un coin de la tête. Entre deux lignes d’eau.

Du rêve à la réalité, il n’y a qu’un pas, qu’une coulée. Théo Curin, lui, a déjà le regard au loin, le sourire clinquant, l’envie débordante, conscient de tout ce qu’il a accompli, et de tout ce qu’il va encore accomplir. Pour lui, pour son handicap, pour le sport. Une formidable leçon de vie.

Il y'a des sportifs hors-normes, des athlètes aux parcours exceptionnels, aux records infranchissable...

Roue de secours (#29).

Un palmarès long comme le Tour de France : cinq coupes du monde et neuf titres de championne du monde de descente en VTT -entre 1996 et 2005-. Une razzia. L’apogée, elle la connaît en 2008, en remportant une sensationnelle médaille d’or en BMX aux Jeux de Pékin. Cette grande athlète, cette grande championne, c’est Anne-Caroline Chausson. Et un beau jour de juillet 2015, tout s’écroule. La chaîne s’enraye. Le pneu crève.

Après une victoire en Nouvelle-Zélande, « Anne-Caro » est fatiguée, et ce malgré la récupération. La vieillesse, certainement. 37 ans, ça laisse forcément des traces. Malgré cette méforme -supposée passagère-, elle s’élance à Samoens pour la manche française des Enduro World Series, et abandonne. Cataclysme. Une première en vingt ans de carrière. Quelque chose ne va pas, quelque chose grandit en elle, quelque chose la dénature. Une tumeur, dans le ventre. Après ça, tout est allé très vite.

Trois opérations et des tests sanguins plus tard, elle apprend l’arrivée d’un nouveau compagnon de route : le cancer. Tenace, puissant, redoutable. Sept mois durant, Anne-Caroline va être traité pour vaincre ce terrible occupant. Sept mois durant, cette championne va se battre, pour faire partir cet intrus, qui l’empêche de dévaler les pistes. Qui l’empêche de vivre.

Et dans une vidéo datée d’il y’a moins d’une semaine, elle brise la glace. Et rassure ses proches, ses fans, le monde du mountain bike et du sort en général : son cancer est en rémission. Chevauchant à nouveau son vélo, on la voit rouler, dévaler, freiner. Reprendre goût à la vie, à sa passion, sur son vélo, là où sa place a toujours été, et où elle le sera éternellement.

Un palmarès long comme le Tour de France : cinq coupes du monde et neuf titres de championne du monde...